Objectifs
Connaître les étapes et dates historiques de la construction du Web au niveau des outils et des usages
Savoir faire le lien historique entre les applications actuelles du Web et leurs ancêtres
Savoir faire une comparaison critique entre les enjeux actuels du Web et ceux présents à sa naissance
Quand est né le Web ?
1969
1971
1981
1983
1990
1993
1998
Le premier site web info.cern.ch a vu le jour au CERN. Quelles technologies ont mises au point Tim Berners-Lee et Robert Cailliau pour y parvenir ?
Le protocole HTTP
Un navigateur web
Un serveur web
Le langage HTML
Quand est né le Web ?
1969
1971
1981
1983
1990
1993
1998
1969
Naissance d'Arpanet
1971
Envoi du premier mail
1981
Spécification de TCP/IP.
1983
Adoption de TCP/IP pour Arpanet.
1990
Le premier site web est mis en ligne au CERN.
1993
Le CERN dépose les spécifications et codes sources du Web dans le domaine public.
1998
Naissance de Google (et début de la fin d'un certain Web...)
Le premier site web info.cern.ch a vu le jour au CERN. Quelles technologies ont mises au point Tim Berners-Lee et Robert Cailliau pour y parvenir ?
Le protocole HTTP
Un navigateur web
Un serveur web
Le langage HTML
Ces 4 éléments fondateurs ont été posés dans leurs premières versions dès 1990 par les inventeurs du Web.
Naissance du Web (1989-1993)
Fondamental : Le Web est né en 1990
HTTP
le premier client web (WorldWideWeb)
le premier serveur web
HTML
Remarque :
Exemple :
Je suis sur Nantes Je reste 4 jours en rideau pas moyen de se connecter, je reconfigure les parametres TCP IP en vain, n'etant plus connecté au reseau j'envoie un fax, sans réponse je télephone a la hot-line 20 minutes d'attente avec de la musique pour rester calme, à 2.23F la minute ; Bénéficiaire de l'appel worldnet (36 68 52 60) cout de l'appel environ 60F, et la le technicien m'annonce gentillement que ca vient du point d'acces de Nantes. Worldnet tu nous fatigue vraiment.
Post sur le newsgroup soc.culture.french en 1996, relaté par Valérie Schafer (2022)
Complément : Au début, l'indifférence
Le projet de Tim Berners-Lee and Robert Cailliau n'est pas supporté par le CERN.
Le premier article proposé à la conférence ACM Hypertext 91 (Texas, USA) est refusé.
Les premiers sites
1991, les premières universités ouvrent leurs sites web : Toronto (Canada), Stanford (Californie) puis en France en 1992 (à Lyon).
1992, il existe entre 10 et 20 sites web dans le monde.
Fondamental : Libération du Web
1993, le CERN dépose les spécifications et codes sources du Web dans le domaine public afin de maximiser sa dissémination.
Complément :
À la fin de l'année 1993, Matthew Gray (chercheur au MIT) estime qu'il existe 623 pages web.
Remarque : Tim Berners-Lee n’est pas un visionnaire incompris
[L’inventeur] est trop puissant pour s’astreindre à la vie de mollusque qui semble l’idéal de la majorité des Français. [...] Si [l’inventeur] se fait broyer, c’est pour faire avancer la machine humaine.
Guyot, cité dans Carnino, 2015 (p. 217)
Au départ, des visions centralisées
Attention : Centraliser les connaissances est un casse-tête
Cette page liste quelques exemples, à travers l’histoire, de moments ou de projets où la connaissance a été centralisée au même endroit (on parle bien en termes géographiques).
Indexation
Le Mundaneum de Paul Otlet, bibliographe, avait pour objectif d'indexer toute la connaissance du monde (début XXe).
Exemple : Classification
Si l’on veut classer un livre qui a pour titre : Détermination de la chaleur spécifique de quelques métaux usuels, l’on parcourra successivement les divisions, classes, groupes, sections jusqu’à la case exacte, en procédant comme suit :
Sciences 5 → Physique 53 → Chaleur 536 → Calorimétrie 536,6 → Chaleur spécifique 536,62 → Chaleur spécifique des solides 536,621(Otlet, cité dans Levie, 2006, chap. 4)
Complément : Accès à distance
Grâce à des appareils et des films plus performants, ils arrivent dorénavant à « filmer en deux cents secondes, cent pages d’un livre à reproduire. En une heure, plusieurs milliers de pages peuvent donc être ainsi enregistrés par un seul appareil et cela à un prix modique. » [...] On peut imaginer le télescope électrique, permettant de lire chez soi des livres exposés dans la salle “téleg” des grandes bibliothèques aux pages demandées d’avance. Ce sera le livre téléphoté.
Ibid., je souligne
Aux origines du web
Le web est le reflet de toutes les cultures de son époque
Dans les années 70, les mouvements contre-culturels hippies, les universitaires comme les militaires ont contribué à façonner l’Internet et sa culture de coopération horizontale (voir Turner, 2012).
Sur fond de guerre froide
Arpanet est l’ancêtre d’Internet, financé par la DARPA et développé par des universitaires. Il s’ouvre progressivement au civil pour devenir Internet après la normalisation de TCP/IP.
Théorie des systèmes
Norbert Wiener, à travers ses travaux sur la cybernétique, propose une nouvelle vision du monde, dont l'information et la communication sont les éléments fondamentaux.
Exemple : Pré-cybernétique : l’auto-régulation des machines
Impossible d'accéder à la ressource audio ou vidéo à l'adresse :
La ressource n'est plus disponible ou vous n'êtes pas autorisé à y accéder. Veuillez vérifier votre accès puis recharger la vidéo.
Transcription textuelle
Fondamental : La cybernétique est d’abord une proposition mathématique
La cybernétique est la théorie des communications et du contrôle aussi bien dans les êtres vivants, les sociétés et les machines. [...] La [neurophysiologie] a déjà emprunté bien des idées à la cybernétique. Nous pouvons penser que la sociologie suivra la même direction.
Wiener, 1954 (préface, 2014)
Attention : La cybernétique devient une grille de lecture quasi hégémonique
[Certains de mes amis] estiment que la tâche prioritaire est d'étendre aux champs de l'anthropologie, de la sociologie et de l'économie les méthodes des sciences naturelles, en espérant parvenir à un degré de succès équivalent dans les domaines sociaux. Parce qu'ils l'estiment indispensable, ils en viennent à le croire possible. En cela, je le maintiens, ils font preuve d'un optimisme excessif, et d'une incompréhension de la nature de toute démarche scientifique.
Wiener, 1950 (p. 290)
Fondamental : La cybernétique imprègne fortement la contre-culture hippie
Grégory Bateson (anthropologue, psychologue, biologiste) a côtoyé Wiener et est largement sorti du cadre de la cybernétique.
Tenté d’expliquer les addictions, l’apprentissage et la schizophrénie avec la cybernétique ;
Traite le monde comme un ensemble de systèmes d’information en interaction les uns avec les autres ;
Propose que les individus sont à la fois des éléments de système plus larges et des systèmes en eux-mêmes (« un servosystème couplé avec son environnement ») ;
L'esprit individuel est immanent, mais pas seulement dans le corps. Il est également immanent dans les voies et les messages extérieurs au corps ; et il existe un Esprit plus vaste dont l'esprit individuel n'est qu'un sous-système. Cet Esprit plus vaste est comparable à Dieu et correspond peut-être à ce que certaines personnes entendent par « Dieu », mais il reste immanent dans le système social interconnecté global et l'écologie planétaire.
Bateson, paraphrasé par Turner, 2006
Pour Bateson, on ne peut changer le « système » que de l’intérieur.
Fondamental : Wiener, Fuller, Bateson : une voie royale pour l’explosion du web
Ordinateurs personnels
Hackers/bidoulleur·ses
Cyberespace
Intrication humain/machine
Village global
Le web doit être une affaire d’initié·es, ni étatiques, ni scientifiques, ni profanes. Ses promoteurs, selon les principes cybernétiques, entendent créer les conditions initiales pour un système harmonieux qui s’auto-régule.
Le web, à la croisée des chemins
Réunit d’anciens hippies avec de nouveaux espoirs, des hackers, des industriels cherchant de nouveaux débouchés, de scientifiques cherchant à faire circuler la connaissance...
Hérite massivement des principes cybernétiques (architecture en réseau de proche en proche, multi-niveau, constitué d’informations fortement couplées entre humains et machines, auto-régulant mais aussi façonné par des acteurs supposés plus initiés...)
Fin du processus de fusion complexe entre les communautés contre-culturelles et technologiques, qui donnera naissance au magazine Wired (1993) et au Global Business Network (1987), où l’on retrouve Brand, la fille Bateson et Mead, le musicien Brian Eno...
Complément : « The dark side of utopia »
L’idée que le social et le naturel, les individus et les institutions, les humains et les machines peuvent être vues comme des miroirs les un·es des autres permet de poser la cybernétique comme la théorie la plus à même de décrire ces forces, et donc comme la plus à même de les modeler. Ce faisant, les héritier·es de la cybernétique ont revendiqué leur droit « naturel » au pouvoir, déguisant ainsi leur leadership à travers la rhétorique des systèmes, des communautés, et des flux d’informations.
Dans son livre de 1968, « The Young Radicals », Kenneth Keninston [psychologue social] commentait les fractures dans les mouvements contre-culturels et craignait que « ceux dont l’intense quête de salut personnel, de sens, de créativité et de révélation n’étouffe leur perception du monde public et n’inhibe leurs tentatives d’améliorer la vie des autres » [...] 40 ans plus tard, Internet et le web continuent de promettre ce que le LSD et les Trips Festival ont un jour offert aux hippies : la vision des structures qui sous-tendent le monde, et grâce à cette vision, un moyen de se connecter profondément à la vie de quelques autres, et d’entrer dans un communauté harmonieuse et globale de l’esprit. Les technologies de l’information et le mode de production en réseau sont aujourd’hui célébrés comme le chemin vers le salut individuel et collectif. Et dans les mêmes proportions, celleux qui y croient sont de plus en plus vulnérables aux forces matérielles dans le moment historique qu’ils et elles vivent.
Accéder au Web au XXe siècle : cybercafés, universités, connexions à domicile (1993-1999)
Exemple : Les premiers cybercafés (1994)
En 1994, The Binary Cafe ouvre à Toronto, puis Cyberia ouvre à Londres.
Exemple : Les cybercafés en France en 1995
À l'initiative prise par le Centre Pompidou d'ouvrir un cybercafé équipé de quinze terminaux et de matériel permettant les visioconférences répondent en effet des espaces plus modestes avec parfois un ou deux ordinateurs connectés dans un espace de convivialité plus ancien, le café.
Fondamental :
Les premiers accès depuis son domicile au Web se font grâce à des connexions modem, qui atteignent 56 kbit/s à la fin des années 1990.
La page "modem" sur Wikipédia fait 277 ko (donc ~2200 kbits) sans les images. En 2022, il aurait fallu environ 1 minute pour la charger.
Une connexion ADSL "bas débit" d'1 Mbit/s est environ 20 fois plus rapide.
Attention : Connexion intermittente
Le modem monopolise la ligne téléphonique : si quelqu'un est connecté au Web, plus personne ne peut émettre ou recevoir d'appel sur la même ligne.
Définition : FAI (Fournisseur d'accès à Internet)
Un FAI est une organisation (entreprise, association...) qui s'occupe de raccorder un utilisateur final au réseau Internet.
Exemple : FAI des entreprises (1991)
Oléane (1991)
Transpac (1994)
FAI des universités
Réseau National de Télécommunications pour la technologie, l'Enseignement et la Recherche
Accès à Internet (mail...) et au Web (sites...)
FAI des particuliers (1993)
1993, Compuserve propose un premier forfait de 5h par mois via le FAI Transpac ; la connexion téléphonique reste payante et dépendante de la distance d'appel (les centraux ne sont disponibles que dans certaines villes).
1994, FranceNet propose des services en plus de l'accès (hébergement de site web, courrier...) ; FranceNet a été racheté depuis par British Télécom.
1994, WorldNet propose des kits de connexion de 3h offerts dans les magazines spécialisés (InfoPC, Le Monde Informatique...) puis un forfait bas débit illimité hors coût des communications à 99 F par mois.
1995, Club Internet (filiale du groupe Lagardère) propose également un forfait à tarif réduit de 77 F hors coût des communications.
1996, Wanadoo (filiale de Pages Jaunes Groupe) propose un accès 2,4 kbit/s ; Wanadoo est devenu Orange.
1998, AOL (filiale du groupe états-unien Time Warner et de SFR) propose pour la première fois un accès bas débit illimité tout compris pour 99 F ; AOL compte 520 000 abonnés en 2000 et propose de nombreux services associés via son portail.
1999, Free propose un accès bas débit gratuit hors coût des communications téléphoniques ; le service inclut un service de webmail et d'hébergement web gratuit.
FFDN
1992, l'association loi 1901 French Data Network propose des accès et des services sur un modèle non marchand.
2011, La FFDN (fédération des fournisseurs d'accès à internet associatifs) est créée pour rassembler d'autres associations similaires.
À l'UTC :
2011, l'association Rhizome est un FAI membre de la FFDN ;
2016, l'association Picasoft héberge une partie de ses serveurs chez le FAI et hébergeur Tetaneutral (à Toulouse).
Les moteurs de recherche et annuaires web
Avant le Web
1988, WAIS (Wide Area Information Servers) permet de se connecter (via Internet à partie de 1991) à un serveur annuaire pour :
accéder à une base de données de serveurs de documents ;
faire des recherches et consulter ces documents.
À la naissance du Web
1991, WWW Virtual Library est une page sur le site du Cern contenant une liste de liens, que Tim Berners-Lee tient à jour. On pouvait lui envoyer un email pour demander à être ajouté.
Exemple : Yahoo! : premier annuaire élargi avec moteur de recherche
1994, Yahoo! propose un annuaire initialement nommé "Jerry and David's Guide to the World Wide Web". À l'origine, l'annuaire est constitué par du travail humain (consulter, trier et filtrer), tandis que des programmes informatiques exécutés sur le serveur permettent de gérer les recherches.
Exemple : AltaVista : intégration de l'indexation automatique
1995, Lycos et AltaVista intègrent l'indexation automatique des pages : des programmes (robots) explorent le Web en sautant de lien en lien et gèrent automatiquement les filtres et classements. AltaVista est racheté par Yahoo! en 2003.
Exemple : Google : PageRank
1998, Google se différencie grâce à PageRank, un algorithme de classement qui ordonne la présentation des résultats de recherche. La fonction est devenue déterminante avec la croissance du nombre de sites Web.
Complément : La recherche et le biais publicitaire, par les fondateurs de Google en 1998
Currently, the predominant business model for commercial search engines is advertising. The goals of the advertising business model do not always correspond to providing quality search to users. For example, in our prototype search engine one of the top results for cellular phone is "The Effect of Cellular Phone Use Upon Driver Attention", a study which explains in great detail the distractions and risk associated with conversing on a cell phone while driving. This search result came up first because of its high importance as judged by the PageRank algorithm, an approximation of citation importance on the web [Page, 98]. It is clear that a search engine which was taking money for showing cellular phone ads would have difficulty justifying the page that our system returned to its paying advertisers. For this type of reason and historical experience with other media [Bagdikian 83], we expect that advertising funded search engines will be inherently biased towards the advertisers and away from the needs of the consumers.
Since it is very difficult even for experts to evaluate search engines, search engine bias is particularly insidious. A good example was OpenText, which was reported to be selling companies the right to be listed at the top of the search results for particular queries [Marchiori 97]. This type of bias is much more insidious than advertising, because it is not clear who "deserves" to be there, and who is willing to pay money to be listed. This business model resulted in an uproar, and OpenText has ceased to be a viable search engine. But less blatant bias are likely to be tolerated by the market. For example, a search engine could add a small factor to search results from "friendly" companies, and subtract a factor from results from competitors.
Brin and Page, 1998, je souligne
Synthèse
Questions
Comment est-on passé d'une conception centralisée de l'information à une conception décentralisée ?
Montrer comment la théorie des systèmes a infusé dans la façon dont ont été conçus l'Internet et le web.
Quels sont les avantages et les inconvénients d'un système d'information basé sur l'hypertexte ?
Concepts
Hypertexte
(Contre-)culture et décentralisation
Démocratisation du numérique
Conclusion
Ce travail a été réalisé avec l'aide de contributeurs via le média social Mastodon. Voir le fil ici : https://framapiaf.org/@stph/109625008737501514















