Types de fiction : ce qu'on souhaite raconter
Récits panier et récits lance
Ursula le Guin a proposé dans un très court essai « La théorie de la fiction panier » l'idée qu'il n'est pas besoin d'un héros (généralement masculin) pour faire une bonne histoire. Elle y est très critique de ce qu'elle appelle les fictions lance, structurées autour du conflit et de la violence. C'est un modèle belliciste qui propose une résolution par la force et qui ne ne lui semble pas souhaitable, bien que très fréquent dans la société occidentale. Elle propose d'y opposer les fictions panier, un contenant qui recueille des éléments multiples. L'idée est de s'attacher à un territoire, un collectif plutôt qu'à la trajectoire d'un individu exemplaire. On s'attache plus aux processus, aux liens, qu'à la résolution héroïque d'un problème durant un climax.
Les structures narratives : comment le raconter
Thème, histoire et récit
Vous pouvez différencier trois niveaux par rapport à ce que vous souhaitez raconter à vos lecteurs et lectrices:
le thème : c'est l'idée en arrière-plan qui vous motive, ce dont vous avez envie de parler.
l'histoire : c'est ce qui se passe pour vos personnages, les enchaînements d'événements, de discussions.
le récit : la façon dont vous présentez tout cela, comment vous le mettez en mots et en structure.
Contrairement à ce qu'avançait Joseph Campbell, il existe bien d'autres formes de récits que le monomythe (ou mythe du héros). L'autrice Kim Yoonmi a commencé à en recenser plusieurs dizaines sur son blog. Les mythes originels, les fables ou les épisodes de série racontent toutes et tous une histoire avec des codes différents, un tempo attendu, des passages obligés ou une organisation habituelle de certains éléments.
Et donc comment structurer son histoire ?
Schéma ternaire ou personnalisé
Si vous voulez faire au plus simple (et fréquent en occident), une histoire peut s'articuler en trois phases :
Mise en scène : vous présentez le contexte, plantez le décor, introduisez les personnages, leurs relations.
Progression de l'intrigue : vous faites évoluer l'histoire, ajoutez des épreuves, des défis, des événements qui font que la situation évolue. Cela vous permet de parler du sujet souhaité, en le faisant selon la narration que vous souhaitez.
Tension cognitive : le ou les personnages doivent traiter les événements de façon de plus en plus active, ce qui est aussi plus demandeur pour la personne qui lit. Cela peut être partiellement ou totalement résolu à un moment plus dense, souvent situé dans la seconde moitié du récit.
Si vous avez envie de vous aventurer un peu au-delà des schémas narratifs les plus usuels, vous pouvez aussi vous poser quelques questions très simples pour fabriquer votre propre kit narratif :
Quel récit appréciez-vous dans sa forme ? Vous appréciez les contes de fées, les comédies musicales, les articles de journaux, la poésie ? Voyez comment vous pouvez vous en inspirer pour votre histoire.
Quel est le temps du récit ? Est-il linéaire, avec des flash-back, avec des cycles ? Correspond-il au déroulement du temps des personnages ?
À travers quoi votre thème s'incarne ? Les événements, le champ lexical, l'univers en arrière-plan, les relations entre personnages ?
Comment le déployez-vous dans votre histoire ? Est-ce en faisant appel à la réflexion, aux émotions ? Dans ce dernier cas, quelle émotion voulez-vous créer : peur, dégoût, plaisir sensuel, sympathie ? Dans le premier, à quoi voulez-vous faire réfléchir, comment voulez-vous que la personne qui lit évolue sur ce sujet ?