Introduction
Dans le cadre de cet atelier, vous vous êtes d’abord confrontés à la question du “fond” (qu’est-ce qu’on raconte ?), voici maintenant vu le temps de vous confronter à la forme (comment on raconte ?).
Le style, en littérature, est une notion complexe, dont la définition ne fait pas consensus (nous ne tenterons donc pas de résoudre le débat ici).
On peut cependant donner un point de repère : le style renvoie à l’expression propre à un écrivain. Il s’agit de sa façon personnelle de traiter les textes et leur mise en récit, devenant parfois une forme d’identité littéraire. Tout comme on peut identifier un groupe de musique à l’écoute des premières notes, le style d’un auteur est ce qui permettrait d’identifier ses écrits rien qu’en lisant quelques lignes de son ouvrage.
À partir de là, les écrivains et ceux qui étudient la littérature, vont défendre ou pourfendre différentes conception du style “juste” ou “littéraire”.
Dans le cadre de cet atelier, vous apprenez à composer votre style, en vous inscrivant dans différents genres ou registres littéraires : la poésie (lyrisme, prose, etc.), le récit de soi, l’auto-fiction, le roman d’aventure, de science-fiction, le récit factuel…
Peu importe ce que vous choisissez de travailler et d’expérimenter, gardez en tête le conseil d’Aristote :
La première qualité du style c’est la clarté. [Aristote]
Il s’agit avant tout de s’assurer que votre texte est compréhensible et qu’il est cohérent.
Simplicité du propos. Vérifier la cohérence textuelle
Concrètement, il s’agit de s’assurer que le texte est compréhensible et qu’il n’y a pas de rupture dans la construction grammaticale des phrases. En règle générale, il est difficile de maintenir la cohérence dans des phrases trop longues. On n’hésitera pas à suggérer de couper des phrases en deux, voire en trois.
Conseil :
Quels éléments cibler ?
le référent des pronoms : “Parvenus au sommet, une surprise attend les alpinistes”.
la ponctuation, évitez de vous emmêler les virgules :
“On va manger, les enfants !”
“On va manger les enfants”
les connecteurs logiques (dont l’abus n’est pas si bon que cela pour la santé du lecteur !)
Frugalité phrastique. Maîtriser la longueur de ses phrases
En règle générale, il est difficile de maintenir la cohérence dans des phrases trop longues. On n’hésitera donc pas à suggérer de couper des phrases en deux, voire en trois.
Conseil :
Quels éléments cibler ?
Si votre phrase comprend des points virgules, envisagez le point !
Comptez les subordonnées (deux, c’est déjà trop)
Le jeune homme que je vois en train de causer devant la gare Saint-Lazare avec un camarade qui semble lui suggérer de faire ajouter un bouton à l’échancrure de son pardessus, et en qui je crois reconnaître le passager au long cou que je remarquai, il y a deux heures, dans l’autobus «S» parce que juste avant que ne se libère une place et qu’il ne s’y précipite, — il avait attiré mon attention à cause du ton pleurnichard qu’il empruntait pour reprocher à son voisin de le bousculer chaque fois que quelqu’un descendait du véhicule, portait-il vraiment déjà à l’arrêt cet étonnant chapeau entouré d’une cordelette tressée?
(Hyperpotaxe de Raymond Queneau)
Soin syntaxique. Vérifier la construction de ses phrases et de sa syntaxe
La syntaxe désigne la façon dont les mots doivent se combiner pour former une phrase correcte et donc compréhensible. D’un point de vue purement linguistique, la syntaxe étudie l’ordre des mots (qui, s’il est modifié, peut changer le sens de la phrase : Jean frappe Paul par rapport à Paul frappe Jean), les catégories grammaticales ou parties du discours (dans la phrase Il fait beau, le mot Il est un pronom impersonnel, fait beau est une locution verbale), ainsi que les phénomènes de rection (la hiérarchie des mots dans une phrase : dans Le petit chat dort, le nom chat régit le verbe dort ainsi que le déterminant le et l’adjectif petit).
Conseil : Quels éléments cibler ?
la concordance des temps (si on commence au présent, on évite de passer soudainement au passé simple)
les fautes d’accord ou les accords ambigus
les subordonnées trop nombreuses
Une erreur de syntaxe peut avoir un impact sur le sens de la phrase, mais aussi heurter l’oreille à la lecture, détournant alors le lecteur du fond de l’article. Par exemple :
Exemple : Qu'est-ce qui cloche ?
Dans ce titre, nous avons un problème de concordance des temps : l’imparfait (un temps qui situe l’action dans son déroulement, en cours d’accomplissement ou répétée durant un moment du passé) laisse entendre que le malheureux chasseur prenait régulièrement son père pour un sanglier. Au contraire, il est plus juste de penser que cette méprise ne s’est produite qu’une seule fois, entraînant cet accident de chasse. L’erreur est sans doute due ici à une autre erreur de syntaxe courante : l’abus des subordonnées relatives, là où une subordonnée circonstancielle serait plus pertinente. Une circonstancielle changerait en effet l’angle en prenant pour objet non plus la victime de l’accident, mais sa cause (pourquoi ?) ou encore son enchaînement temporel (quand ?). Le titre gagnerait en logique (et prêterait moins à rire).
« Accident de chasse : il tue son père après l’avoir confondu avec un sanglier ».
Ataraxie verbale. Faire un usage raisonné des verbes et de leur conjugaison
Pour construire un style clair, il est préférable d’utiliser des temps de l’indicatif (en particulier : présent, passé composé, imparfait). Le passé simple est complexe à gérer en termes de concordance des temps, et inscrit votre texte dans un style très soutenu.
Faites un usage modéré du participe présent.
Nous avons tendance à faire un usage excessif de verbes dits faibles comme « être », « avoir », « dire », « faire », « aller »… Quand c’est possible, on propose un autre verbe pour enrichir le texte. Par exemple, au lieu de « faire un gâteau », préférez « préparer un gâteau », au lieu de « faire du bricolage », préférez « bricoler » ou au lieu de « être allé », préférez « se rendre ».
Attention aux déclinaisons oralisantes des verbes : “va”, “en train de” :
Estelle est une jeune adulte ayant grandi dans la commune isolée de Pierrefonds. Afin qu’elle murisse, son grand-père décide de l’envoyer à l’UPLOAD de Compiègne. Sa personnalité va être bousculée [sera bousculée] dans ce nouvel environnement. Va-t-elle réussir [Réussira-t-elle] à s’adapter ? Quelles conséquences cela aura-t-il sur la communauté ?
Conseil :
Quels éléments cibler ?
Éviter le participe présent
Éviter les verbes faibles
Privilégier les temps simples
Biodiversité linguistique. Diversifier son vocabulaire
Qui dit clarté et simplicité ne dit pas pauvreté !
La langue française est riche, profitez-en. Des outils en ligne sont disponibles pour vous aider : le CRISCO (dictionnaire des synonymes).
Votre vocabulaire doit être diversifié (on évite les répétitions) et relativement soutenu (on évite d’infantiliser ses lecteurs, sauf si on cherche à créer un effet de style), sans pour autant tomber dans le jargon : cette dernière remarque est particulièrement importante lorsqu’un texte porte sur un sujet relativement technique (santé, informatique, etc.).
Une des pires erreurs consiste à utiliser un terme à mauvais escient. Ne cherchez donc pas à « placer » des termes complexes sans être convaincu de leur sens.
Conseil :
Quels éléments cibler ?
attention aux répétitions
évitez les abréviations non expliquées (au moins une première fois) et trop nombreuses (« Les TTP ont été confiés aux TZR dans le cadre du plan TOC »…)
minimisez les anglicismes : dans la mesure du possible, on suggère en commentaire l’équivalent en français. On portera une attention particulière aux termes à la mode qui constituent en fait des anglicismes sémantiques : adresser une question, questionner une situation, en termes de, mettre l’emphase sur, etc.
Partage des textes. Concevoir l’écriture et la lecture comme une aventure collective bienveillante
La meilleure manière de vérifier les points cités plus tôt, c’est :
de se relire (si possible à haute voix)
de se faire relire
En tant que relecteur, vous êtes responsables :
de lire et commenter avec bienveillance les textes que l’on vous aura confiés
d’expliquer, autant que possible, pourquoi un passage ne vous semble pas pertinent ou bien écrit
de ne pas vouloir “sur-corriger” (moi, j’aurais écrit ça comme ça, donc je te récris ton texte à ma sauce)
Conseil :
Quels éléments cibler ?
Penser à l’autre.
Y compris à Je, qui est lui aussi un autre.
Exemple :
Bientôt, un reportage de notre média Médiapunk paraitra sur le fonctionnement de la ville de Compiègne, où nous reviendrons, entre autres sur l’opposition entre les habitants des hautes castes et ceux voulant l’abolition de ce système inégal.
Proposition de reformulation :
À paraître dans Médiapunk : notre reportage sur l’organisation sociale de la ville de Compiègne. Nous reviendrons notamment sur l’opposition entre les habitants des hautes castes et les opposants au système des castes.
Exemple :
Après avoir suivi les indices laissés par une œuvre mystérieuse à l’Upload, un petit groupe découvre une paillourte cachée en forêt. Là où vit Jacques, un vieil homme à l’allure primitive, gardien silencieux d’une mémoire oubliée. D’abord effrayés par ce qu’il incarne, ilstrouvent le courage de l’approcher. Jacques leur révèle que l’œuvre sonore n’était qu’un fragment…
Proposition de reformulation :
Après avoir suivi les indices laissés par une œuvre mystérieuse à l’Upload, un petit groupe découvre une paillourte cachée en forêt. C’est là que vit Jacques, un vieil homme à l’allure primitive, gardien silencieux d’une mémoire oubliée. D’abord effrayés par ce qu’il incarne, le groupe trouve / les jeunes gens trouvent le courage de l’approcher. Jacques leur révèle que l’œuvre sonore n’était qu’un fragment…
