Exercice : Dé-surveiller : peut-on contrer l'accélération technologique ? (version 2)
Sujet
L'exercice a pour objectif de commenter des extraits du texte ci-après (Guillaud, 2021) en utilisant les concepts vus en cours. Il n'est pas nécessaire de lire l'intégralité du texte (mais c'est bien entendu autorisé).
Hubert Guillaud, 2021, « Dé-surveiller : peut-on contrer l'accélération technologique ? » InternetActu.net. https://www.internetactu.net/2021/03/18/de-surveiller-peut-on-contrer-lacceleration-technologique/.
Introduction
La critique de l'accélération numérique suite à la pandémie est nourrie.
La crise sanitaire a certainement accéléré les inégalités. La fortune des plus riches a été accélérée par les marchés financiers, alors que de l'autre côté du spectre, la crise sanitaire a fait basculer des millions de gens dans la pauvreté. Mais ce que la crise sanitaire a plus accéléré encore, c'est bien la transformation numérique de nos existences. Non seulement elle a rendu les technologies numériques plus fortes et puissantes que jamais, mais elle a aussi précipité toutes nos pratiques, tous nos usages dans des formes toujours plus numérisées. Depuis la crise épidémique, nous avons été sommés de télétravailler pour ceux pour lesquels cela était possible... mais également, partout, de substituer à notre présence des rapports distants, donc à utiliser des services numériques partout où cela était possible. La distanciation physique semble avoir plus encouragé la digitalisation que n'y était parvenue la seule promesse des gains de productivité de la transformation numérique.
(Guillaud, 2021)
Question 1
Le texte traite de la surveillance à l'ère du numérique, on propose en introduction une définition de la surveillance par Christophe Masutti.
Masutti, Christophe, 2020, « Affaires privées : Aux sources du capitalisme de surveillance », C&F Éditions.
Ces pratiques peuvent se décrire ainsi : il s'agit des procédés techniques les plus automatisés possible qui consistent à récolter et stocker, à partir des individus, de leurs comportements et de leurs environnements, des données individuelles ou collectives à des fins d'analyse, d'inférence, de quantification, de prévision et d'influence.
(Masutti, 2020, p25)
L'auteur avait noté un peu plus tôt la phrase suivante :
Ce qui caractérise les pratiques de surveillance au moins depuis l'ère industrielle, c'est qu'elles s'appuient sur des technologies : quelques éléments griffonnés sur une fiche anthropométrique par un policier du xixe siècle quand il interroge un suspect anarchiste ; le pointage de la production horaire des ouvriers à la chaîne sur le carnet du contremaître dans l'usine automobile ; jusqu'à une quasi-infinité de données numériques récoltées auprès de millions de consommateurs et centralisées sur le serveur d'une entreprise du xxie siècle : nous assistons à un changement de degré et de nature.
(Masutti, 2020, pp23-24)
Question
Rappelez en quoi l'informatisation permet un changement de degré, puis, en vous appuyant sur le concept de raison computationnelle, expliquez pourquoi selon vous on assiste à un changement de nature.
Question 2
Cette accélération, cette bascule, masque d'autres accélérations : celle de l'individualisation et de de la dépolitisation, comme celle de la surveillance, inscrite dans la nature même du numérique. Dans l'accélération de la surveillance, ce sont nos libertés et notre autonomie qui sont mises à mal. Comment trouver encore un espace où tout ne soit pas déterminé ? Un espace où l'on puisse encore converser, discuter, dialoguer... trouver des moyens pour n'être pas réduit aux cases, seuils et critères rigides des systèmes.
(Guillaud, 2021)
Question
Discutez l'assertion « inscrite dans la nature même du numérique »
en vous basant sur le fonctionnement d'Internet.
Question 3
L'extrait ci-après a été légèrement modifié dans sa forme pour adapter la logique de gestion des références à l'exercice.
Face à des crises et des risques systémiques permanents, la philosophe nous rappelle que nous avons besoin de plus de démocratie. C'est pourtant bien tout l'inverse qui continue de se dérouler sous nos yeux. L'alliance du virus et du numérique s'est révélée un cocktail délétère où l'État de droit, plongé dans un État d'exception pandémique permanent, ne risque rien de moins que de disparaître. Dans son petit tract, Barbara Stiegler (2021) nous réveille... Elle nous invite à sortir de la léthargie de la peur qu'a produit le confinement, cette mesure inédite d'arraisonnement (lundimatin, 2020) de nos existences qui nous fait croire que c'est notre vie sociale et démocratique elles-mêmes qui sont devenues dangereuses. Nous avons accepté des choses inacceptables, rappelait-elle sur France-Culture (Gesbert, 2021), et surtout un durcissement renouvelé des pouvoirs dominants. Elle souligne enfin que les transformations que la crise a cristallisées étaient déjà à l'œuvre : la crise n'a fait qu'accélérer une numérisation de nos existences qui tient d'abord d'une dépossession ! Le problème, souligne-t-elle très justement, c'est que l'accélération des investissements dans le numérique annonce surtout « le caractère irréversible du virage ». Dans un monde où toutes nos activités deviennent numériques, pourrons-nous faire marche arrière et nous extraire de l'économie de distanciation sociale et du recul de l'État de droit qu'elles imposent ?
Barbara Stiegler, 2021, « De la démocratie en pandémie », Gallimard, « Tract ».
lundimatin, 2020, « Le vrai nom du « second confinement, Exercice d'interruption de la communication », lundimatin#262. https://lundi.am/Le-vrai-nom-du-second-confinement.
Olivia Gesbert, 2021, « Comment s'engager en pandémie ? Avec Barbara Stiegler », France Culture, https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/comment-sengager-en-pandemie-avec-barbara-stiegler.
Question
Rappelez le principe de réfutabilité, puis, en utilisant le cours d'initiation à la rédaction scientifique, critiquez ce paragraphe en mettant en exergue une pratique qui vous semble aller dans le sens d'un exposé réfutable de la thèse défendue et une autre qui pourrait relever de la manipulation du raisonnement.
Question 4
Soit la phrase suivante :
Alimi montre que comme Uber ou les Gafams, l'Etat emploie les mêmes moyens pour parvenir à ses fins : exploiter les failles du droit !
Question
En mobilisant le cours sur l'historique de l'évolution d'Internet, rappelez rapidement en quoi les pratiques des géants du numérique peuvent être comparées à celles des États, puis imaginez une évolution qui conduirait à réduire leur capacité à exploiter les failles du droit.