Du bien public à l’ordre public
Fondamental : La surveillance change de nature
Pour autant l'industrie s'est considérablement développée pendant cette période et les villes sont demandeuses de surveillance. C'est l'émergence de la safe city, un genre de smart city dépouillée de ses ambitions cybernétiques. Elle permet pour la première fois d'individualiser la surveillance massive de l'espace public.
Traditionnellement, en l'absence des capteurs et des outils de géolocalisation, les données urbaines possédaient un fort degré d'agrégation. Avec le numérique, en même temps que leur masse s'est considérablement accrue, les données cernent de beaucoup plus près, de manière en quelque sorte granulaire ou encore atomistique, les phénomènes. Ce ne sont plus des flux globaux que l'on appréhende bien souvent, mais des positions, des débits, des temps et des vitesses [...]. On n'enregistre plus des débits d'ensemble mais des consommations instantanées.
Picon, 2018[1] (p. 80-93)
Fondamental : La smart-city est morte, vive la safe city !
La smart city s'est heurtée à deux problèmes majeurs ( Courmont, 2018[2]) :
Le coût d'équiper l'intégralité d'une ville de capteurs permettant des mesures dans tous les domaines quantifiables ;
L'échec des objectifs d'optimisation justement à cause des signaux difficilement commensurables.
Remarque : Anticiper l’impensable
l'impensable peut toujours se produire [...] nos sociétés auront besoin d'outils pour s'adapter à l'impensable.
Dominique Legrand, AN2V.
Les promoteurs de la safe-city justifient leur existence car « l'impensable peut toujours se produire [...] nos sociétés auront besoin d'outils pour s'adapter à l'impensable » (Dominique Legrand, AN2V (Association Nationale de la Vidéoprotection)).
Attention : Une vision technicienne de l’ordre public
Selon cette vision du monde, dans un tel contexte d'incertitude, les « solutions » de l'industrie techno-sécuritaire — en particulier l'analyse biométrique à la volée, le croisement de données massives, le profilage ou la modélisation informatique — apparaissent comme les seules capables d'aider l'État ou ses agents à sécuriser les flux.
[...] on ne s'intéresse plus aux causes mais on propose de « pouvoir anticiper les incidents et les crises », identifier des « signaux faibles » et armer la « gestion de crise ». [...] [démonstrateur de Safe City Thalès/Nice]
L'horizon décidément trop fuyant de l'ordre public est abandonné. On se contente de gérer le désordre.
Tréguer, 2024[3] (p. 85, je souligne)