En régime monarchique

Les États ont besoin de surveillance pour se maintenir

Le gouvernement n'est possible que lorsqu'est connue la force de l'État : c'est par ce savoir qu'elle peut être entretenue. Et il faut connaître la capacité de l'État et les moyens de l'augmenter, ainsi que la force et la capacité des autres États. [...] Le gouvernement ne saurait donc se limiter à la seule application des principes généraux de raison, de sagesse et de prudence. Un savoir spécifique est nécessaire : un savoir concret, précis et mesuré se rapportant à la puissance de l'État.

Foucault, 2001[1] (je souligne)

Les censeurs romains [...] étaient chargés sous la Rome antique de collecter l'impôt (le cens), mais aussi de dénombrer et surveiller la population en consignant les revenus, biens, métiers et occupations de chaque famille. Ces magistrats, dont le mot « censure » tire son origine, n'étaient pas simplement là pour « recenser », lever l'impôt et sanctionner les désordres publics. Ils pénétraient aussi dans les foyers, se renseignaient sur les rapports familiaux et jouaient en fait le rôle d'une véritable police des mœurs.

Tréguer, 2023[2] (p. 39)

RemarqueLes gens bien n'ont rien à cacher

Jean Bodin est un théoricien politique français né en 1529, influent dans toute l'Europe.

Il n'y a que les trompeurs, les pipeurs et ceux qui abusent des autres, qui ne veulent pas qu'on découvre leur jeu, qu'on entende leurs actions, qu'on sache leur vie : mais des gens de bien qui ne craignent point la lumière prendront toujours plaisir qu'on connaisse leur état, leur qualité, leur bien, leur façon de vivre.

Bodin, 1576[3] (p. 17-18)

FondamentalLa surveillance suit de près les innovations techniques

En juin 1464, les postes royales sont créées par Louis XI.

Changement de chevaux au relais de posteInformations[4]

Dans son édit du 19 juin, il ordonne du même coup la surveillance des courriers :

Seront les dits courriers et messagers visités par les dits commis du dit Grand Maîstre auxquels ils seront tenus d'exhiber leurs lettres et argent pour connoistre s'il n'y a rien qui porte préjudice au service du Roy, et qui contrevienne à ses édits et ordonnances.

Cité par Cazes, 1900.[5] (p. 48, je souligne)

ComplémentRaison d’État

On voit apparaître l'idée que la surveillance sert au maintien de l'État et donc la justifie.

C'est exactement l'idée de raison d'État qui, si elle est popularisée plus tardivement, remonte déjà au XIIe siècle chez les juristes anglais.

C’est l'idée selon laquelle les États peuvent contrevenir à leurs lois afin de se perpétuer. Dans cette perspective l'État a pour seule fin son propre renforcement (et donc pas nécessairement le bien-être de ses citoyens).

On pourra lire Tréguer, 2023[2], chap 1. (Censure et raison d’État), plus particulièrement pp. 31 et suivantes.