À l'ère des ordinateurs

FondamentalExtension du domaine de l'État

L'État intervient dans de plus en plus de domaines : gestion des infrastructures, aménagement géographique, sécurité sociale, permis de conduire...

[L]'État anglais [a rencontré de grandes difficultés] avant le vingtième siècle pour établir des profils complets de ses citoyens. [...] l'adoption générale de l'invention de Hollerith [la tabulatrice] dans les bureaux de statistiques de toute l'Europe semble avoir été liée à l'augmentation des informations à collecter et à analyser dans les recensements en raison de l'expansion internationale de l'intervention de l'État dans la société.

Higgs, 2001[1] (p. 191)

ExempleLa surveillance s'auto-engendre

Aux États-Unis, Arthur R. Miller, éminent professeur de droit à Harvard, théorise l'émergence d'une « société du dossier ». Il ajoute :

La Genèse de la Société du Dossier date d'il y a plusieurs décennies lorsque le gouvernement fédéral entra dans les domaines de l'impôt et des politiques sociales. Depuis lors, des quantités de plus en plus importantes d'informations sur les citoyens ont été récoltées et enregistrées. [...] Au fur et à mesure que les processus d'enregistrement des informations devinrent moins onéreux et plus efficaces, l'appétit du gouvernement pour les données s'intensifia et s'accompagna d'une prédilection envers la centralisation et la collection de fichiers. [...] Les améliorations technologies dans les capacités de traitement de l'information appuyèrent une propension à engager, sur les données enregistrées, des manipulations et des analyses plus poussées. À son tour cela a motivé la collecte de données relativement à un grand nombre de variables, de manière à extraire davantage de renseignements personnels sur les individus.

Miller, 1971[2], cité par Masutti, 2020[3].

Tabulatrice, inventée par Hermann H. HollerithInformations[4]

AttentionLa pouvoir censorial ne disparaît pas

À la même époque, Christopher Pyle, un jeune doctorant en droit, révèle l'existence d'un programme de massif de surveillance des citoyens américains, opéré par le Pentagone sous le nom de CONUS Intel.

Il contient plus de 7 millions de fiches de citoyens américains, reccueillies par plus d'un milliers d'agents infiltrés à travers le pays pour surveiller les mouvements sociaux, en particulier les organisations opposées à la guerre au Vietnam.

Les fiches estampillées « subversifs », censées avoir été détruites après le scandale, ont été transmises à la NSA via le réseau ARPANET ( Tréguer, 2023[5], p. 200).

Remarque

La société de l'information et la société de surveillance fonctionnent en parallèle ; l'une est d'avantage publicisée et fait l'objet de débats voire de régulation, tandis que l'autre se fait hors de tout cadre légal et dans la veine du secret d'État.

Au début des années 1970, la NSA a lancé le programme ECHELON, mené conjointement avec la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande (collectivement connus sous le nom de « Five Eyes »), dans le but d'intercepter les télécommunications civiles acheminées par le biais de satellites de communication. Comme l'a écrit William Blum dans Rogue State en 2005, "le système Échelon fonctionne en interceptant sans discernement d'énormes quantités de communications et en utilisant des ordinateurs pour identifier et extraire les messages intéressants des messages sans intérêt. Chaque message intercepté [...] fait l'objet d'une recherche de mots clés, qui peuvent être n'importe quel élément jugé intéressant par les analystes".

Foster et McChesney, 2014[6]

Des radômes protégeant des antennes à la RAF Menwith HillInformations[7]