Non neutralité de la technique
Rappel :
Réalisé à partir du livre « Du soin dans la technique » (Guchet, 2022)[1] (pp.54-59).
Un préalable à la façon de s'intéresser à la technique d'un point de vue philosophique ou sociétal c'est d'acter que la technique n'est pas neutre, quelle « embarque »
ou « incorpore »
des valeurs.
Ces valeurs viennent en partie d'un travail intentionnel et a priori des concepteurs ;
mais la non neutralité de la technique relève également d'aspects implicites et a posteriori, qui transcendent ou excèdent les intentions conscientes des concepteurs.
Choix de conception intentionnels a priori
Des choix politiques (volontaires mais non formalisés) sont matérialisés par les choix de conceptions techniques.
La technique oblige à un usage qui embarque des considérations morales.
Exemple :
Permettre ou pas, ou mettre en avant ou pas, certaines actions dans les applications informatiques.
Le gendarme couché, l'avertisseur sonore pour la ceinture...

Choix de conception implicites a priori
Une technique en vertu de son design exige une organisation politique associée.
Les modes de construction des objets techniques ne sont pas neutres (principe au cœur des questions environnementales).
Exemple :
Lien entre machinisme industriel et capitalisme mondialisé.
Lien entre nucléaire et l'état fort (l'argument du lien entre totalitarisme et nucléaire est pris par les opposants au déploiement des EPR, Lindgaard, 2022[3]).
Dépendance du numérique aux terres rares.
Reconfiguration du monde a posteriori
La technique ouvre un champ de perception du réel qui reconfigure la morale en vigueur dans une société avec des conséquences imprévisibles.
Les représentations sous-jacentes aux techniques influent sur les représentations du monde, orientent les interprétations du monde.
Exemple :
L'échographie reconfigure le rapport à l'embryon, aux maladies fœtales...
La génétique est modélisée par un code, donc quelque chose de manipulable par le calcul de façon pensée comme prévisible (bien que le modèle est simplificateur, donc faux).
Le numérique est présenté comme immatériel, on parle de processus de
« dématérialisation »
dans les entreprises (alors qu'il ne fait que remplacer une réalité matérielle par une autre).